Burkina Faso : dans l’ombre de l’or, Dr Kadidiatou Coulibaly incarne la percée des femmes dans les géosciences

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Une nomination au cœur des enjeux miniers

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Le secteur extractif burkinabè connaît une nouvelle figure féminine à un poste stratégique. Dr Kadidiatou Coulibaly a été nommée en Conseil des ministres le 12 février 2026 à la tête de la réhabilitation des sites de carrières. Elle a officiellement pris fonction le 20 février à Ouagadougou. À travers cette responsabilité, la géoscientifique dirigera désormais les actions liées à la réhabilitation des sites de carrières au Burkina Faso, une mission essentielle pour la gestion durable des ressources et la protection de l’environnement.

Cette fonction s’inscrit dans les missions du Ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, chargé de superviser l’exploitation des ressources du sous-sol ainsi que la gestion des carrières.

Mines et carrières : une distinction souvent méconnue

Dans l’imaginaire collectif, le secteur minier burkinabè se résume souvent à l’or. Pourtant, la réalité est plus complexe. Dr Kadidiatou Coulibaly rappelle que les activités du ministère couvrent deux domaines distincts : les mines et les carrières. Les mines concernent les substances métalliques, telles que l’or, le cuivre, le zinc ou encore le diamant. Les carrières, en revanche, portent sur les substances non métalliques utilisées notamment dans la construction : granit, pierres, matériaux entrant dans la fabrication du ciment ou pierres ornementales.

« Les carrières regroupent des substances issues de la terre qui servent principalement à la construction », explique-t-elle. Ces ressources jouent un rôle crucial dans l’urbanisation et le développement des infrastructures.

Les géosciences, pilier du secteur extractif

Formée en géologie et spécialisée dans les impacts environnementaux liés à l’exploration minière, Dr Kadidiatou Coulibaly se définit avant tout comme géoscientifique. Les géosciences regroupent l’ensemble des disciplines scientifiques consacrées à l’étude de la Terre, de son sous-sol et de ses ressources.

« Les géosciences s’occupent de tout ce qui concerne la Terre et son sous-sol », souligne-t-elle. Dans l’industrie minière, ces compétences sont déterminantes. Les géoscientifiques participent notamment à  l’identification des ressources du sous-sol ; l’élaboration des cartes géologiques ; la planification des activités d’exploitation ; l’évaluation des impacts environnementaux.

Une présence féminine encore très limitée

Malgré l’importance stratégique du secteur, les femmes y restent peu représentées. Dans la structure où elle a évolué, Dr Kadidiatou Coulibaly indique que trois femmes seulement occupent des postes de fonctionnaires dans ce domaine spécifique. « Ici, nous sommes trois », confie-t-elle.

Cette faible présence féminine reflète une tendance observée dans de nombreuses filières scientifiques et techniques liées aux ressources naturelles.

Des obstacles dès les premières expériences professionnelles

Les défis apparaissent parfois très tôt, notamment lors de la recherche de stages, une étape clé dans la formation des étudiants. Dr Kadidiatou Coulibaly évoque des situations délicates auxquelles certaines étudiantes peuvent être confrontées.

« Quand une étudiante vient chercher un stage, il peut arriver que la personne en face fasse des propositions qui n’ont rien à voir avec le travail », explique-t-elle.

Face à ces réalités, elle encourage les jeunes femmes à rester fermes sur leurs principes et à privilégier les voies professionnelles transparentes.

Oser et persévérer

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Pour sa part, elle affirme avoir obtenu son premier stage de manière simple, en déposant une demande auprès d’une structure publique. Sans réseau particulier dans le secteur, elle a dû compter sur sa détermination. « Je n’avais pas de famille dans ce domaine. Il fallait simplement oser », raconte-t-elle.

Après un entretien technique avec un responsable, elle obtient finalement l’opportunité de réaliser son stage, une expérience déterminante pour la suite de sa carrière.

Sur le terrain, gagner le respect

Dans un environnement majoritairement masculin, la crédibilité se construit souvent par l’engagement professionnel. Dr Kadidiatou Coulibaly souligne l’importance du travail de terrain dans les métiers des géosciences.

« Quand nous sommes sur le terrain, je me donne à fond. Même s’il faut marcher plusieurs kilomètres, je marche », explique-t-elle. Selon elle, cet investissement contribue progressivement à instaurer la reconnaissance de ses compétences.

Le savoir comme levier de reconnaissance

Au fil de son parcours, la géoscientifique a développé une conviction forte : la connaissance reste l’un des principaux facteurs de respect. « Dans la vie, les gens respectent souvent ceux qui ont de l’argent ou ceux qui ont du savoir », observe-t-elle.

Pour elle, l’éducation demeure donc un levier essentiel pour les jeunes femmes qui souhaitent s’imposer dans des secteurs techniques.

Un symbole en ce 8 mars

En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, le parcours de Dr Kadidiatou Coulibaly illustre les évolutions possibles dans un secteur historiquement dominé par les hommes. Sa nomination à la tête de la réhabilitation des sites de carrières constitue non seulement une étape dans sa trajectoire professionnelle, mais aussi un signal pour les jeunes générations intéressées par les métiers scientifiques.

« Il faut oser et se former », conclut-elle.

Dans un pays où les ressources du sous-sol occupent une place importante dans l’économie, l’émergence de profils féminins dans les géosciences pourrait progressivement contribuer à diversifier les compétences et les perspectives du secteur.

Encourager les vocations féminines

Dans un contexte où le secteur minier joue un rôle important dans l’économie nationale, la diversification des profils constitue un enjeu. Plusieurs pistes sont régulièrement évoquées pour renforcer la présence féminine dans ces métiers : mieux orienter les filles vers les filières scientifiques dès le secondaire ; faciliter l’accès aux stages pour les étudiantes ; renforcer la visibilité des femmes professionnelles dans les géosciences ; développer des programmes de mentorat entre étudiantes et professionnelles du secteur.

Ces initiatives pourraient contribuer à élargir progressivement la participation des femmes dans un domaine stratégique.

 


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