Avec les projets de renforcement du système de protection sociale au Burkina Faso, en témoigne la constitution du Burkina Faso qui garantit l’égalité entre les sexes et affirme le droit à l’intégrité physique et morale à chaque burkinabè, le code des personnes et de la famille, la loi N°025-2018/AN portant code pénal, la politique nationale genre (PNG), la stratégie nationale de lutte contre les VBG, volonté manifeste du gouvernement à lutter contre les injustices, les inégalités sociales et à réduire le taux de personnes vulnérables au pays des Hommes intègres sans oublier les sensibilisations, les violences basées sur le genre (VBG) persistent.
Malgré les activités de promotions des droits des femmes et des personnes vulnérables menées par plusieurs organisations de la société civile et les mesures de protections qui existent au Burkina Faso pour les femmes victimes de VBG à travers le numéro vert 80 00 12 87 d’assistance aux personnes victimes de VBG et le protocole de Maputo et de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, force est de constater que certaines femmes peinent à trouver leur place dans cette société.
Les violences basées sur le genre (VBG) constituent une réalité douloureuse et certains cas sont trop souvent imperceptibles au Burkina Faso. Elles affectent la vie de nombreuses femmes, marquant profondément leur quotidien et leur avenir. Ce reportage donne la parole à une victime, dont le témoignage poignant révèle l’ampleur du problème, mais aussi à une juriste engagée, qui explique les droits des femmes face à ces violences et les moyens de protection existants. Ensemble, elles dressent un état des lieux nécessaire pour sensibiliser, informer, et surtout encourager à agir. Reportage !
Nous sommes à Ouagadougou, dans les locaux de Matin Libre Burkina Faso en compagnie de SD, (nom d’emprunt) qui se confie. Assise, SD est dépitée. Dans nos locaux, ses émotions semblent en tension, déchirées entre la peur, le malaise et une certaine forme de soulagement. Jeune mère d’une fille âgée de 7 ans au moment où nous réalisons ce reportage, célibataire, âgée de 30 ans, originaire de Dano dans la région du Sud-Ouest au Burkina Faso, elle ne sait plus à quel saint se vouer. SD vient d’une famille modeste et la chance ne lui a pas toujours sourit. C’est un ensemble d’actes de violences qui ont été dirigés contre elle en raison de son sexe et de sa vulnérabilité (physiques, sexuelles, psychologiques, émotionnelles, économiques).
Une vulnérabilité qui l’oblige à se soumettre aux violations de ses droits
« Quand tu es femme, ce n’est pas simple (…), j’ai travaillé sur un chantier à Dano, avec mon bébé au dos qui était en situation de malnutrition. Sur le chantier, certains prenaient 3000 à 3500 fcfa/jour, mais moi je recevais 2000 fcfa. Je ne me plaignais pas parce qu’en son temps avoir 2000 fcfa le jour était un luxe pour moi puisque je suis dans le besoin », révèle SD.
Avec son enfant au dos, SD se bat pour une modique somme qu’elle percevait par jour
Avec son niveau de la classe de terminale, SD a pu se former en animation de projet ce qui lui a permis de travailler à Dano en tant qu’animatrice dans un projet. Une carrière professionnelle de jeune mère célibataire, loin d’être un fleuve tranquille. « Malgré ma volonté de travailler j’étais forcée d’abandonner face aux harcèlements et aux propositions indécentes. Une fois mon chef de programme est venu et à poser sa main derrière moi. Ce que je n’ai pas apprécié. Je lui ai dit que je n’appréciais pas. Il m’a dit que non tu as du potentiel, dans ce projet, tu peux avancer mais il faut utiliser ton potentiel. », raconte t’elle, dégoutée. Malgré sa situation elle n’a pas cédée et a été forcée de quitter le projet.
« ] Avec son enfant au dos, SD se bat pour une modique somme qu’elle percevait par jour
« Pour 3000 f cfa, il voulait que je couche avec lui »
Dans les zones rurales, ces cas sont largement sous-déclarés, pourtant ces jeunes filles en souffrent. En 2020, DS affirme avoir fait le ménage chez un gouverneur qui lui a demandé après, d’avoir des rapports sexuels avec lui avant de prendre ce qui lui était dû, la modique somme de 3000 FCFA après environ 3 heures de travail. « Quand j’ai fini, le monsieur m’a appelé dans sa chambre où il était couché en érection avec les 3000 fcfa sur son sexe. Il m’a dit de venir chercher et j’ai refusé », pourtant poursuit elle, je n’avais rien sur moi ce jour et je comptais sur cet argent.
‘’Si ce n’est pas un garçon avorte, je ne veux pas d’une fille’’
Au Burkina Faso, certains hommes continuent de penser de la sorte. C’est injuste d’abandonner une femme tout simplement parce qu’elle va donner vie à une fille. C’est encore l’un des épisodes poignants de la vie de DS, qui a dû s’occuper de sa fille jusqu’à ses 7 ans, au moment où nous réalisons ce reportage. « Il m’a tout simplement dit, si je fais l’échographie et que c’est une fille de savoir ce que je vais faire avec, lui il ne veut pas. Si c’est un garçon c’est pour lui », développe-t-elle avant d’ajouter qu’elle a même été encouragée à avorter. « J’ai quitté définitivement cette relation parce que ma vie et celle de ma fille en dépendaient. Une fois, nous étions couchés vers les 2 heures et l’enfant faisait une fièvre de 40°C, et il m’a menacé de ne pas l’emmener à l’hôpital. Que si elle doit mourir de la laisser partir. (…) que je suis encore féconde pour en faire d’autres », a-t-elle expliqué. « Une fois il m’a dit qu’une fille qui a été élevée seule par une femme, n’est pas une femme à marier, (…) ça m’a traumatisé. », ajoute-t-elle.
Une violence psychologique qui lui a valu un déplacement dans la capitale pour se ressourcer et espérer une meilleure vie. Elle était alors obligée de quitter Dano sa localité d’origine pour venir à Ouagadougou.
‘’Le sexe d’un enfant est déterminé par l’homme’’
Une juriste engagée dans la promotion des droits de la femme et de l’enfant, qui s’est prêtée à nos questions par rapport à la situation, explique les droits des femmes face à ces violences. Selon Madame PALE Hierbine Aïcha, Juriste, spécialisée en droits de l’enfant et droits des femmes au Burkina Faso, il est plus que nécessaire que le ministère de la santé et/ou des structures travaillant sur la santé sexuelle et reproductive fasse des campagnes/formations dans les trois langues nationales du Burkina Faso à savoir le dioula, le mooré et le fulfuldé afin de donner la bonne information à toutes ces personnes qui, jusqu’à présent ignorent que le sexe d’un enfant n’est en aucun cas déterminé biologiquement parlant par la femme qui porte la grossesse. Mme PALE n’a pas manqué de se prononcer sur l’origine du sexe d’un enfant. Elle a fait comprendre que le sexe d’un enfant est déterminé par l’homme. « En effet, la science a démontré que chaque être humain possède deux chromosomes sexuels. Les hommes portent des chromosomes X et Y. Pourtant la femme n’a que des chromosomes X. Ce sont ces chromosomes qui déterminent le sexe d’un enfant à naître. Ainsi, lorsqu’une femme est enceinte d’une fille cela signifie que l’homme a relâché des chromosomes X qui ont croisé ceux de la femme qui sont toujours X. Mathématiquement parlant X+X donnera forcément X. Quand l’homme relâche des chromosomes Y qui croisent à leur tour les chromosomes X de la femme, l’enfant à naître est un garçon. X+Y donnera en ce moment Y. Par conséquent, s’il y a une personne à blâmer parce que le sexe de l’enfant à naître est une fille au lieu d’un garçon c’est bien le mari ou le père de cet enfant. Les femmes doivent prendre conscience du fait qu’elles ne sont pas responsables du choix du sexe de l’enfant à naître biologiquement. Elles doivent arrêter de se faire du mauvais sang pour cette question de choix du sexe de l’enfant. », a telle spécifié. Elle a souhaité de ce fait, que les hommes/maris qui sont encore à ce niveau de réflexion aillent à la bonne information et arrêtent définitivement de semer le trouble dans la vie de ces femmes qui portent la vie en elles pendant neuf mois avec toutes les complications qui s’y rattachent parfois », a t’elle renseigné en précisant qu’elle n’est pas spécialiste de santé mais qu’elle a accepté de s’informer pour sortir de l’ignorance.
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Ensemble SD et Mme Palé dressent un état des lieux nécessaire pour sensibiliser, informer, et surtout encourager à agir.
A la question de savoir pourquoi ce phénomène à la peau dure dans le pays, la spécialiste a assuré que, la précarité en est la principale source, une source de tensions dans les familles, susceptibles de d’engendrer des violences. « En plus, les violences basées sur le genre perdurent parce que souvent, les victimes sont économiquement instables, moins préparées à affronter le regard de la société. Par conséquent, la précarité les contraint à endurer des violences dans le silence », a t’elle ajouté.
De Dano à Ouagadougou
Malheureusement, un an après son arrivée dans la capitale, SD vit un calvaire lié non seulement à son statut de personne vulnérable, mais aussi et surtout à cause de sa condition de femme. Personne vulnérable parce qu’elle peine même à se trouver un logement décent dans cette grande ville. Arrivée à Ouagadougou, où elle espérait avoir une vie plus paisible, elle a connu des expériences plus dévastatrices que ce qu’elle subissait à Dano. « J’ai eu un travail de gardiennage, où je montais la garde de 18h à 6h. Je marchais pour y aller et un retard d’une heure me coutait moins 2500 fcfa sur mon salaire. Le salaire me convenait, malheureusement, j’ai également vécu du harcèlement. J’ai préféré garder ma dignité. », indique-t-elle consternée, après nous avoir montré quelques captures dans son téléphone de ses échanges indécents avec un agent du service.
Sa vie devenait insupportable et quelques jours après nos échanges, elle nous a fait savoir qu’elle va retourner en famille à Dano.
L’insuffisance des structures spécialisées pour écouter ces victimes est un obstacle majeur au Burkina Faso
Madame Palé a révélé que les victimes de violences, lorsqu’elles décident de faire valoir leurs droits, elles sont freinées par la peur des représailles de l’auteur de la violence, la honte, la famille qui parfois par ignorance ou par ambition de protéger ce qu’elle appelle l’intégrité de la famille met parfois une pression aux victimes de violences basées sur le genre afin qu’elles n’intentent pas une action en justice. « La société elle aussi d’une manière ou d’une autre, consciemment ou inconsciemment peut constituer un obstacle, parce que certaines violences sont normalisées ou tout simplement minimisées. Il y a des victimes qui méconnaissent également leurs droits en la matière ou qui méconnaissent tout simplement les recours juridiques possibles liés à leur cas. L’absence et/ou l’insuffisance des structures spécialisées pour l’écoute, les soins médicaux et le soutien psychologique des victimes dans certaines localités est également une limite », a-t-elle mentionné.
Aucune violence n’est justifiable
Pour la spécialiste des droits des femmes, une femme qui subit une violence ce, quelle qu’elle soit, doit arrêter de trouver des excuses à l’auteur de ces violences. Elle ne doit en aucun cas justifier les actes violents de l’auteur, car à t’elle insisté, aucune violence n’est normale et/ou justifiable. D’ailleurs Mme Palé conseille aux victimes, la documentation des violences à travers des photos des blessures par exemple, s’il s’agit d’une violence physique. « Elle doit garder précieusement les messages de menaces et/ ou les insultes envoyées par l’auteur des faits. Elle doit tenir un journal dans lequel elle notera tous les faits avec les dates, les lieux, les heures, les témoins et tout ce qui est nécessaire pour corroborer ses dires », a t’elle défendu passionnément.
Aucune violence n’est normale et/ou justifiable,Madame PALE Hierbine Aïcha, Juriste, spécialisée en droits de l’enfant et droits des femmes au Burkina Faso
Par ailleurs au Burkina Faso, il y a un numéro vert 80 00 12 87 gratuit auquel toute victime pourrait appeler pour demander de l’aide. Néanmoins, là fervent défenseuse des droits des femmes préconise de porter une plainte auprès des autorités compétentes contre l’auteur des faits. En ce qui concerne les victimes de violence économique, Mme Palé a encouragé l’autonomie financière, qui selon elle, donnera plus de force pour dénoncer les violences que ces victimes subissent.
La société civile doit travailler méthodiquement à déconstruire les normes sociales qui favorisent les VBG
Pour prévenir les VBG, Mme Palé suggère à la société civile de former la population sur la notion afin que l’on ne l’attribue pas systématiquement au sexe masculin et/ou féminin et qu’elle soit comprise par la population. « Ces formations peuvent se faire à travers des ateliers, des émissions radiophoniques et télévisées en langue locale comme le dioula, le fulfuldé et le mooré. Cela permettra de toucher toutes les couches sociales. », a telle expliqué. La société civile doit travailler méthodiquement à déconstruire les normes sociales qui favorisent les VBG. Pour ce faire, elle poursuit en disant que la société civile doit continuer à faire des plaidoyers auprès des autorités compétentes pour le renforcement continuel des textes de lois en matière de VBG et pour la prise en compte des voix des survivantes de VBG dans l’élaboration des politiques publiques. Par rapport au système juridique ou social pour mieux protéger les femmes, la spécialiste des droits des femmes a laissé entendre que, la protection des femmes passe d’abord par les femmes elles-mêmes. « Chaque femme doit travailler à se connaître, à poser des limites aux autres en fonction de ses valeurs, de ses besoins et de ses ambitions. Chaque femme doit travailler à s’élever au quotidien, à avoir des revenus pour avoir une certaine indépendance financière. Avant d’insister qu’au plan juridique, les professionnels tels que les policiers, les gendarmes, les juges et toutes personnes de la chaîne doivent être formés sur la gestion véritable et bienveillante des cas de VBG et travailler à améliorer continuellement la prise en charge juridique des victimes en revoyant par exemple le temps de la procédure.
D’innombrables femmes subissent cette injustice sociale dans ce pays. Ce qui est préoccupant, c’est que le pays traverse une crise de sécurité, exacerbant la dure réalité que vivent ces femmes dans le pays. Le témoignage émouvant de SD qui a décidé de sortir du silence est une sonnette d’alarme qui va mieux orienter les actions de promotion de l’éducation sociale, assez bien formulées par le gouvernement, dans le but de renforcer la solidarité au sein des différentes couches sociales du pays et inciter tous les acteurs évoluant dans le domaine de la protection des droits des personnes vulnérables notamment ceux des filles et des jeunes femmes, à l’action. Toutefois, il faut nécessairement privilégier la mise en place de structures accessibles et à l’écoute des victimes, et ce, autant qu’il faut et dans toutes les localités du pays, pour une prise en charge optimale des femmes victimes de VBG.